Grandir

LA BIENVEILLANCE

BIENVEILLANCE, VOUS AVEZ DIT BIENVEILLANCE  ?

Le débat fait rage. Ses partisans l’affichent comme un étendard et prédisent que l’avenir est au management bienveillant (mais bon sang, pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ?).
Ses adversaires se gaussent des premiers leur reprochant une idéologie bisounours, ou pire d’être les idiots utiles d’un système économique cynique. Certains livres sont parus sur le sujet, des conférences se préparent.

JE  NE  SUIS NI PHILOSOPHE, NI CONFERENCIER,

je vous partage juste une tranche de vie, à laquelle j’ai assisté.Cela se passe dans une usine d’un grand groupe du CAC40. Le genre d’entreprise où postulent presque tous les étudiants des écoles les plus prestigieuses. Une jeune ingénieure est recrutée pour tenir la fonction qu’on appelait autrefois contremaître. Les RH de l’époque lancent en effet un programme de recrutement qui propose aux jeunes diplômés d’expérimenter le management d’ouvriers en guise de début de carrière. Le contexte n’est pas simple pour cette jeune femme : il est sinon hostile, tout au moins sceptique.

COMMENT S’Y  EST-ELLE  PRISE A SON ARRIVEE ?

Juste en s’appuyant simplement sur ses propres convictions, elle annonce à son équipe composée de gaillards plus grands et plus anciens qu’elle : « je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre pour faire équipe ensemble et progresser mais je sais que ce que je veux c’est de rester bienveillants les uns envers les autres. »

Et voilà, le mot est lâché (et c’était il y a déjà quelques années). Effet ? comme une goutte d’eau sur un ciré : aucune empreinte en apparence sur ses équipiers, sinon celle de servir de sujet à plaisanterie.

En mission auprès du responsable de production, j’ai la chance d’observer cette jeune manager. Avec entêtement, elle ne lâche pas l’affaire : elle saisit chaque occasion d’expliquer ce que selon elle, la bienveillance apporte dans chaque situation.

Les petites affiches fleurissent dans son périmètre. Et les plaisanteries fusent… jusqu’à remonter aux oreilles du chef de production.

Je vous passe les détails mais dans une telle entreprise, les performances sont suivies de près, équipe par équipe et quotidiennement. Le chef d’Atelier s’aperçoit que si l’équipe de cette manager n’est pas la première à atteindre les standards, elle les atteint et même les dépasse allègrement avec une sorte de jubilation.

Le responsable de production et moi-même, décidons d’interviewer les opérateurs concernés… cela fait environ 6 mois que notre ingénieure pilote cette équipe. Elle est absente quand nous passons dans sa ligne.

Chacun des opérateurs interrogés nous présente les améliorations de son poste. Et tous signalent que les idées viennent plutôt de ses collègues que de lui-même : « moi, je ne me rendais même pas compte que je faisais un faux geste, que je forçais inutilement et d’ailleurs ça commençait à me faire mal au niveau du coude. C’est mon collègue qui me l’a dit… »

Et lorsque nous leur demandons comment ils prennent les idées des autres, plusieurs nous montrent les petits panneaux « équipe bienveillante ».

ILS ONT DONC FINI PAR ADOPTER LE MAITRE MOT DE LEUR MANAGER.

De cette expérience, j’en tire que même des actions moquées aboutissent pourvu que le manager soit tranquillement convaincu du bien qu’il apporte à ceux qu’il a en charge.

Ayant eu la chance de travailler en passant des unités industrielles à des départements innovants ou des entreprises de la sphère digitale, je constate que le leitmotiv « soyons bienveillants » peut aussi aboutir dans ces contextes. Prêtons toutefois attention à la difficulté inhérente à ces métiers : le travail en cours n’est pas aussi facilement apparent qu’en usine.

C’est en faisant alors apparaître aux yeux de tous le travail de chacun que l’inclinaison au respect mutuel, précurseur de la bienveillance émerge