Grandir

« Le lâcher prise »

Par Marie-Luce Barthelémy, associée

Dans nos vies personnelles et professionnelles le sujet du lâcher prise est omniprésent, il est intrinsèquement lié à la prise de décision, à la confiance, au choix, à la liberté, à l’acceptation, à la rupture, au changement, au sens, à la créativité, au pardon, à la joie…

Ce thème m’intéresse car il est axe de progression interpellant !

Cependant, comment aborder ce thème sous un angle original, pédagogique, concret, poétique même ? J’ai cherché… Et me suis dit que l’art pouvait donner des clés. Alors, c’est en m’arrêtant sur le violoniste bleu de Chagall que je souhaite vous solliciter et partager ma réflexion.

En introduction, un rappel étymologique me semble éclairant.

Le dictionnaire du CNRS précise que le verbe lâcher vient du latin laxare : « détendre, (re)lâcher, desserrer ; se détendre ». Dans notre contexte c’est l’action de lâcher, de laisser partir. A l’opposé, Le verbe prendre vient du latin prehendere, « prendre, saisir, s’emparer de ». En rassemblant ces deux mots contraires nous arrivons à la définition du Lâcher prise : Cesser de tenir quelque chose, cesser de s’accrocher à quelque chose.

Maintenant, revenons pas à pas  à notre contemplation!

À toi de jouer (ne regarde pas mes réponses avant d’avoir réfléchit aux tiennes !).

Tu te tiens devant le tableau et :

  • Tu te laisses surprendre, premiers pas du lâcher prise
  • Tu prends le temps, ce mot résonne encore… Prendre le temps… Deuxième pas du lâcher prise
  • Tu regardes, troisième pas du lâcher prise…
    • Que vois-tu ?
    • Que ressens tu ?
    • Qu’est-ce qui te touche ?
  • Tu lui parles,
    • Que dis-tu ?
  • Tu t’écoutes
    • Quel lien fais-tu avec le lâcher-prise ?
    • Quel lien fais-tu avec ta situation aujourd’hui ?

A mon tour !

Tout d’abord, si je me suis laissée surprendre c’est que j’ai une attitude d’ouverture.  Je me dis tiens c’est nouveau, c’est étonnant, détonnant, audacieux !

Je prends le temps : Je m’arrête un moment et je me laisse pénétrer par les formes, les couleurs, l’espace, les objets, la musique, l’atmosphère. Je ne pense pas encore, je vibre.

Je regarde : Il fait nuit, nuit bleutée, froide. Je vois au centre de cette obscurité glaciale, un violoniste chaleureux, en vert, rouge, orange, ocre, blanc prenant tout l’espace en diagonal, instable, assis sur un tabouret entre terre et ciel. Tout en jouant il me regarde de profil avec un œil grand ouvert en souriant. Il m’invite à la fête !

Je vois sa main blanche disproportionnée qui touche plutôt qu’elle ne tient l’archet du bout des doigts, joue-t-il avec un gant ? Où se cache l’autre main ? Comment le violon tient-il ?

Quel vêtement porte t’il autour de sa taille ?

A sa droite, un bouquet de fleurs et la lune illuminent l’atmosphère, les couleurs chatoyantes me donnent de la chaleur, elles sont un hymne à la vie. Trois oiseaux se sont posés sur lui, peut-être des colombes. Deux d’entre elles, couleur nuit, sur sa jambe, imbriquées dessinent une coupe… L’autre, immaculée fait échos à la main. Les ailes déployées :  vient-elle de se poser ou s’apprête t-elle à repartir ?

Je tente un dialogue improbable : « Comment peux-tu jouer les jambes croisées en me regardant en même temps ? ».  C’est que pour lui, tout est possible.

Je reviens à ma propre vie et je m’écoute ; je fais le lien avec le lâcher prise : Chagall est ce violoniste, il prend parti pour une peinture hors norme, hors du temps, à son image, laissant éclater son identité, en liberté !

Et moi, à quel moment est-ce que je m’autorise à lâcher prise ?…

Lorsque j’accepte dans certaines circonstances de ne pas avoir le dernier mot, lorsque je donne le temps au temps alors que je suis très tournée vers l’action, lorsque j’accepte l’échec et que j’en tire le positif, lorsque j’accueille mon imperfection, lorsque je reste ouverte à la vie telle qu’elle m’est offerte,

Lorsque je suis moi-même … Lorsque…

C’est alors que j’avance, que je fais avancer les autres et simultanément que le pardon et la joie peuvent surgir.

Me reviennent en mémoire ces grands stoïciens :

« Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux. » Epictète.

 « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. » Marc Aurèle (Pensées).