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PROCESSUS : MEDITER LA POUSSEE DES PLANTES

Par François JULLIEN

PROCESSUS: MÉDITER LA POUSSÉEDES PLANTES

 

….Une anecdote tirée du Mencius, qui est un grand texte de la tradition dite confucéenne, du IV ème siècle avant notre ère, de l’époque des stratégistes….

 

MENCIUS NOUS RACONTE L’HISTOIRE SUIVANTE :

 

Un paysan rentrant le soir dit à ses enfants : « Aujourd’hui, j’ai beaucoup travaillé, j’ai tiré sur les pousses de mon champ. »

 

 

Tirer sur les pousses de tout un champ, l’une après l’autre, brin après brin, c’est évidemment fatiguant ; et, quand les enfants s’en vont voir le champ, tout est bien sûr desséché. Voilà l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, nous dit Mencius.

 

Vous voulez que cela pousse et vous tirez sur les pousses. Vous voulez obtenir le plus directe­ment l’effet, en fonction de l’objectif que vous avez fixé, et, cefaisant, vous ratez l’effet, parce que vous l’avez forcé. Je veux que ça pousse, je tire sur la pousse.

 

En voulant hâter la poussée, agir directementsur elle, je vais à l’encontre duprocessus engagé ; car j’ai contrecarré, enrayé, la possibilité d’avènement ‘sponte sua’de l’effet. Car, bien sûr,la poussée de la pousse se trouvait impliquéedans la situation : elle était dans la graine qui était dans la terre.

 

Au lieu de prétendre intervenir et vouloir me dépenser, il suffisait d’exploiter ce potentiel de laisser mûrir.

 

Il y a ainsi deux écueils à éviter, nous dit Mencius. Soit je tire sur la pousse pour obtenir « directement » la poussée et, par mon activisme finalisé, je ne respecte plus le processus spontané de la poussée : autrement dit, je ne laisse pas mûrir l’effet.

 

Soit alors je reste au bord du champ, à regarder pousser : j’attends que ça pousse.

 

Or, que faut-il faire ? Je répondrai : Ce que tout paysan sait. Ni tirer sur la pousse, ni la regarder pousser ;  Il faut laisser faire(le processus) sans pour autant le délaisser.

 

Mencius nous dit : on bine, on sarcle, au pied de la pousse ; en rendant meuble la terre, en l’aérant, on favorise la poussée. On se garde de l’impatience comme de l’inertie. Ni volontarisme, ni passivité ; Mais, en secondant le processus de poussée, on tire parti des propensions à l’œuvre et les porte à leur plein régime.

 

 

 

François Jullien

Conférence sur l’efficacité