Introduction :
Les associations d’anciens élèves sont devenus les Alumni… cette concession au vocabulaire américain d’inspiration latine[1] a-t-elle été la seule évolution de ces dernières années ? Pour apprécier les innovations et la structuration de ces associations d’anciens, nous nous sommes focalisés sur l’une de leur mission : l’accompagnement tout au long de leur vie professionnelle.
Pour cela, nous avons interrogé quelques responsables carrières leur demandant qui ils cherchaient à servir et ce qu’ils faisaient pour cela. Nous nous sommes intéressés aussi bien aux Écoles dont les Alumni datent du XIXème siècle qu’à des Écoles plus récentes dans cette activité.
Un peu d’histoire en bref
| Association Alumni | Création | Taille approximative du réseau | Particularités historiques |
| AX – Association des anciens élèves et diplômés de l’École polytechnique | 1865 | 30 000+ | L’une des plus anciennes associations d’anciens élèves françaises ; forte tradition de solidarité |
| Mines Paris Alumni | 1864 | 17 000+ | Créée sous le Second Empire ; reconnue d’utilité publique en 1881 |
| HEC Alumni | 1883 | 80 000+ | Réseau international parmi les plus puissants d’Europe. |
| Arts et Métiers Alumni | XIXe siècle (héritière du réseau Gadzarts) |
30 000+ | Réseau industriel historiquement très structuré. |
| CentraleSupélec Alumni | Racines XIXe siècle | 55 000+ | Résulte de l’histoire combinée de Centrale Paris et Supélec. |
| ESSEC Alumni | XXe siècle | 70 000+ |
Fort ancrage international |
| Sciences Po Alumni | 1875 | 90 000+ | L’une des plus vastes communautés d’Alumni françaises. |
[1] Frédérique Muller et Valérie Mugens (ESSEC Alumni) Florent Algier (Centrale Supelec Alumni)
[1] https://insei.datAlumni.com/blog/Alumni-etymologie
Tour d’horizon des propositions
1. Les cibles et les situations visées
- Les étudiants en recherche de stages qui cherchent à faire une Césure ou qui ont un projet de fin d’études.
- Les jeunes diplômés et jeunes professionnels quand ils cherchent leur premier emploi. Puis lors des premiers pas dans la vie professionnelle.
- Ceux qui en pleine vie professionnelle sont amenés à négocier (une mutation, une promotion ou une simple augmentation).
- Ceux qui sont en réflexion sur leur parcours professionnel et ceux qui sont en transition
- Ceux qui rachètent une entreprise ou ceux qui créent leur activité.
- Ceux qui souhaitent se former tout au long de leur vie professionnelle et qui pour cela font appel à leur école.
- Enfin les aînés qui achèvent leur carrière et qui peuvent transmettre leurs expériences.
2. Les prestations classiques
Face à ces enjeux, les associations ont développé une gamme de services.
Des services qui font souvent appel soit à des partenaires, soit à la solidarité d’anciens.
Ce sont des prestations de :
- Coaching (aide à rassurer sur ses choix, mieux se connaître, être conseillé pour réussir ses entretiens annuels ou professionnels, gérer une situation relationnelle difficile avec un manager, un collègue ou une équipe…).
- Consultations techniques ou juridiques, de bilan de compétences et d’accompagnement à diverses négociations cruciales.
- Ce sont aussi toutes les activités qui entretiennent l’expertise métier des anciens : par des webinaires ou des conférences sur divers sujets : IA, savoir être, préparer sa retraite, négocier son départ… Certaines conférences peuvent aussi apporter du prestige en faisant intervenir soit les plus célèbres des Alumni ou des « speakers » extérieurs renommés.
- Des tables rondes pour sensibiliser sur les enjeux d’aujourd’hui et de demain (mixité, développement durable, attente des jeunes, impact de la technologie…).
- Des activités de formation et des ateliers collectifs viennent compléter cet entretien des compétences par des mises en pratiques pointues et visant des effets rapides (pitch, LinkedIn, talents et Solidités®…).
- Enfin une activité qui s’est parfois étiolée chez certaines associations d’Alumni : la mise à disposition des annonces connues par l’un ou l’autre des membres… ce qui a pu donner lieu chez certains à la digitalisation de ce service (un « job-board »).
3. Quelques innovations
Dans le contexte d’incertitudes actuelles mais aussi de profonds changements culturels où les générations semblent diverger sur les valeurs qui les animent, des associations font preuve d’innovation et d’adaptation aux évolutions de la société du travail.
- Le « jobboard » en est une.
- D’autres plateformes en lignes dédiées à des sujets carrières (formations en ligne, bilan de compétences) sont également mises à disposition.
- L’utilisation des IA et les ateliers sur leur utilisation.
- Les formations au leadership et au management se sont aussi bien développées dans les écoles d’ingénieurs comme dans les écoles de commerce.
- Le concept d’apprendre tout au long de la vie voit le jour en plusieurs écoles simultanément : l’étudiant qui entre dans une grande École reviendrait tout au long de sa carrière pour consolider et diversifier ses apprentissages. Cette pratique encourage à entretenir et développer son réseau.
- L’élaboration d’un nouveau service à venir, le mentoring, au service de la communauté (ex : un ingénieur expérimenté devient un référent pour un jeune diplômé).
- L’accompagnement aux carrières internationales.
4. Des équipes disponibles
Les conseillers salariés sur site et des réseaux de délégués carrières bénévoles, en région et à l’international sont présents pour maintenir un lien de proximité pour chaque Alumni. Certaines associations ont également des salariés sur les campus pour aider les étudiants dans leur recherche de stage et de premier emploi.
Il y a donc également des écoles dont le service aux Alumni est embryonnaire, nous avons interrogé Alexandre de Poncins (coordinateur du réseau Alumni IPC- Facultés Libres de Philosophie et de Psychologie), qui est dans ce cas.
L’IPC, Facultés libres de Philosophie et de Psychologie à Paris, labellisé EESPIG (Établissement d’Enseignement Supérieur Privé d’Intérêt Général) par l’État, apporte une formation universitaire exigeante et structurante pour les futurs acteurs de la société et ce, depuis sa fondation en 1969. Par son enseignement en philosophie et psychologie, l’IPC prépare aussi à la direction d’entreprise, car la philosophie se nourrit autant des autres disciplines professionnelles qu’elle en oriente substantiellement les applications. Cet esprit critique mis en œuvre, s’illustre par un patrimoine Alumni doté d’un fort sentiment d’appartenance, de mieux en mieux structuré. Sa petite taille (3000 Alumni) permet d’être créatif pour développer les vertus de l’amitié, autant par l’esprit de famille que par les compétences professionnelles déployées. « Nous travaillons à la dynamique de ce réseau pour faire de nos Alumni nos meilleurs ambassadeurs, et pour leur apporter un soutien à la réussite professionnelle à tout moment de leur carrière. »
Cette année, 200 personnes se sont réunies entre Paris, Marseille et Lyon, à l’occasion de 13 réunions ; 480 personnes ont fait l’objet d’une enquête approfondie pour mieux les connaître et les accompagner ensuite ; des recrutements stratégiques ont été effectués sur un mode de chasse de tête. « Nous pouvons ainsi envisager les premiers résultats du dispositif Alumni, comme un lancement encourageant au regard du cadre posé ci-dessus. »
Chaque Alumni a de fait, la possibilité d’être connecté au cœur du réacteur de la centrale nucléaire, pour irradier dans son travail particulier et ses engagements pluriels. Il s’agit précisément de “vivre sa vie à hauteur d’homme”, encouragement adressé par le doyen actuel, Emmanuel Brochier, aux étudiants de la 54ème promotion, lors de la remise des diplômes du 20 juin 2026. »
Conclusion
Nous nous sommes intéressés à ce sujet entendant les responsables des associations s’inquiéter de la baisse des cotisations et des adhésions.
Cette tendance semble relier à la baisse de l’engagement, en particulier de moins en moins de personnes s’investissent dans des services au bénéfice d’un public.
Pourtant, les associations les plus anciennes sont celles des écoles les plus réputées depuis longtemps. Nous pensons qu’il y a un lien entre le rayonnement d’une école, la solidité de ses formations et le dynamisme de son association d’Alumni.
Ceux qui s’investissent bénévolement dans leur association rendent donc un service à leur collectivité. Pour autant, le service est maximisé lorsque chaque membre se comporte en acteur de ce service et non seulement en consommateur.
Souhaitons que les associations d’Alumni se multiplient, se maintiennent et se développent !
Propos recueillis par Marie-Luce Barthelémy et Marc-Antoine de Bagneaux